16 avril 2006

Tu as du prix à mes yeux...et je t'aime.


C'est le genre de réflexion que je pourrais bien avoir, dans un magasin, devant l'étalage du chocolat, en ce jour de Pâques. Ou alors devant quelque équivalent matériel de mon choix... mais ca n'a rien à avoir avec la référence biblique ci-haut.

Donner sa vie pour ceux qu'on aime... c'est un peu fou, non? Et pourtant, plein de gens le font quotidiennement, parfois sans le savoir, à des degrés divers mais surtout, sans avoir à faire comme le garde du corps d'un président...

...l'aidant naturel qui accompagne sans relâche un malade dans sa souffrance.
...le parent qui croit dans le rêve sportif / académique / etc. de son enfant, et sacrifie son confort pour lui donner sa chance.
...le contemplatif, le religieux cloitré qui donne chaque moment de son existence pour Dieu.
...le membre de communauté religieuse engagé dans le service au quotidien.
...l'activiste engagé à sa cause.
...le travailleur de rue.

pour ne nommer que ceux-là.


Tout engagement de ce genre peut surprendre, même faire peur, à ceux qui n'en comprennent pas le sens. Notre existence moderne, occidentale, affluente, calculatrice et recentrée sur l'individu, doute systématiquement de la sincérité de l'acte gratuit. Et pourtant, notre existence perdrait un peu de son sens, beaucoup de sa qualité, en leur absence.

Tu as du prix à mes yeux... et je t'aime. Qui est-il donc le type qui, il y a 2000 ans, a passé un mauvais quart d'heure, qui a enduré toutes ces souffrances pour notre salut?

J'ai eu une éducation religieuse catholique, j'ai été engagé dans ma foi pendant la plus grande partie de mon adolescence jusqu'à l'âge adulte. J'ai fait comme beaucoup, pas toujours tout compris au premier tour, mais j'étais en chemin. Dans la foi comme dans la vie en générale, on peut perdre de vue l'horizon. Et il a fallut qu'en 1990, je fasse un arrêt assez marqué, contre mon gré, mais qui en rétrospective, m'a permis de comprendre une parcelle de vérité.

Une partie de mon vécu de foi chrétienne fut au sein d'activités d'un camp de vacances à contenu de valeurs humaines bien établi, sous la direction d'une communauté religieuse engagée dans une mission éducative. J'y suis arrivé un peu par hasard, mais j'y ai grandi et m'y suis développé... assez pour avoir l'occasion d'aider à accompagner d'autres jeunes dans leur croissance personnelle. J'y ai fait des amis, des collègues dans la foi et dans la vie, et d'autres activités se sont greffées tout au long de l'année. Une de ces activités était de vivre la période de Pâques en réflexion collective, au camp. C'était toujours un moment fort, intense et ressourçant, suite au partage de cette expérience avec mes amis.

Mais en 1990, je n'ai pu participer pour des raisons de santé, car je me suis retrouvé à l'hôpital. L'année avait plutôt mal commencé avec le diagnostic, et en plus, je me retrouvais privé de mes amis, de mon hâvre de paix, de cette période si importante, à cause de traitements médicaux qui allaient me rendre encore plus malade. Mais je n'avais pas le choix. J'ai envoyé un message à mes amis que je ne pourrais être présent, qu'ils allaient me manquer, mais je souhaitais y être en esprit, autant que possible. J'en faisais le souhait, mais à ce moment, je me sentais tellement mal dans mon corps et dans mon esprit, non seulement à cause des effets secondaires de mes traitements, mais à cause de l'ensemble de la solitude et des doutes qui me tenaillaient... mon année scolaire... mes confrères de classe... mes amis du camp... ma santé... ma vie aussi, devant l'incertitude associée à ma maladie.

J'ai donc fait mon "chemin de croix", cloué à un lit d'hôpital, avec une intraveineuse dans chaque bras, malade comme un chien. Ma famille m'a toujours soutenu, j'ai eu de la visite, des appels téléphoniques, j'avais de la lecture... je ne passais pas en chirurgie, tout de même... mais ce n'était pas agréable...

Dans mes moments de lecture, j'avais quand même quelques ouvrages, dont ma bible (la copie requise pour mes cours d'enseignement religieux au secondaire). Et il a fallu, dans un moment bien creux, entre deux périodes d'instabilité gastrique dont je n'exposerai pas les détails ici, que je tombe sur un tout petit passage tout simple...




Tu as du prix à mes yeux... et je t'aime.



Ce n'est pas la première fois que je lis ces lignes.... mais c'était sans doute la première fois qu'en lisant les mots, ce soient les PAROLES que j'entende... dans ma tête... comme une parole d'un réconfort sans égal... Comment expliquer l'effet de cette petite phrase, en plein milieu d'une souffrance physique et morale, comment vous dire pourquoi ces mots se sont retrouvés presque tatoués dans mon esprit...

16 ans plus tard, je ne suis pas certain que je puisse vraiment l'expliquer. C'est une révélation assez personnelle... un moment de grâce spirituelle, si vous y croyez. Mais j'étais habité à ce moment précis d'une telle certitude qui ne pourrait s'effacer.

Oh, la souffrance était toujours présente... mon avenir était toujours menacé... je me sentais encore assez isolé... mais étrangement, je ne me sentais plus seul. Non... le temps passerait... les soucis de la vie prendraient le dessus... mon esprit s'encombrerait encore de choses et d'autres... mais je ne me sentirais plus JAMAIS seul.

Un peu plus tard, j'ai eu la visite d'amis du camp qui m'apportait un carte gigantesque, signée par tous les participants de la fin de semaine pascale. Les mots d'encouragements, les bons souhaits, le petit pot d'eau de Pâques, le témoignage des participants qui m'ont affirmé que j'étais présent avec eux ce weekend... tout ça venait comme renforcer la conviction qui m'habitait depuis cette épiphanie.


Tu as du prix à mes yeux... et je t'aime.


Ce ne sont plus seulement des mots. Ils sont devenus Sa Parole Vivante, parcelle de Vérité donnant du sens à l'existence, qui mérite d'être vécue.

6 Comments:

At 9:15 PM, Anonymous Belle Maman said...

Pour tout ce que tu est

Tu as du prix à mes yeux..
et je t'aime comme mon fils

Je n'ai ps perdue une fille
mais gagner un fils...

Ciao

 
At 9:17 PM, Anonymous Jeannine said...

En lisant ce texte, tu m'a arrachée
une larme.


Ciao

 
At 9:20 PM, Anonymous Nancy said...

Maman.. tu sais maintenant pourquoi j'adore ce gars-là! :)

 
At 9:22 PM, Anonymous Frère lointain (96!) said...

Merci Djoubi pour ce témoignage que j'entends pour la première fois aussi clairement et explicitement. Tu as du culot, et du courage, de l'afficher comme ça, dans le grand réseau. Merci de le partager avec autant de simplicité et d'intensité. C'est un magnifique cadeau de Pâque qui me va droit au coeur.

 
At 1:14 PM, Anonymous tante Gilberte said...

Ton témoignage me touche au boutte...

Approfondis, fonce de l'avant. Il a encore bien des choses à te dire, cet Homme de Nazareth...

Tu es un neveu que j'aime beaucoup.

 
At 2:33 AM, Anonymous Marie-Pier said...

C'est tout particulièrement cette fin de semaine que je me remémore aujourd'hui alors que je pleure en pensant à toi. Bruno, mon ami dans la foi, retrouve Celui pour qui tu as un prix inestimable et n'oublie pas que nous, on t'aime... Passe de beaux moments avec Gérard, Martial, André... Mais surtout, j'espère que Celui qui nous a réunit tous ces étés, va t'accueillir les bras grands ouverts et que tu jouiras de son Amour éternellement. Bruno, tu es dans mon coeur à jamais...

 

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